Cette série a été concue pour être présentée avec une musique de Sophie Lacaze sur des textes de Jean-Pierre Rosnay.
Textes extraits de poèmes de Jean-Pierre Rosnay.
Je suis cet espèce d’animal contraint de loger dans la même poitrine les instincts du loup et ceux du hanneton. l’homme effectuant le voyage dont il sait d’avance qu’il ne sortira pas vivant et se regarde passer sans se reconnaître
Je me promène dans mes ruines… Je rôde parmi mes souvenirs
Il y avait un enfant, dont le visage était le mien, qui levait le coude pour se protéger des coups de pied de l’avenir. Je n’étais ni roi, ni soldat débordant de la tourelle d’un char victorieux, ni assez riche pour dicter ma loi, ni assez pauvre pour attirer la compassion
Personne, tu m’entends, personne n’avait besoin de moi, même pas moi.
Je ne peux plus rien pour moi, je suis de toutes parts cerné par mon absence
Nuit tiède opaque où l’homme douloureux prend appui Ne lui demeurent que les yeux de libres De tout le reste il s’est laissé déposséder avant lui mais il y a cette flamme contenue du regard où tout peut reprendre Il se tait mi-oiseau mi-poisson Des idées de liberté tournent autour de lui en quête d’un peu de réalité le traversent lentement frôlent nerfs et conscience d’où cris et gestes peuvent jaillir Mais l’homme s’incruste à son absence se fait silence attend un signe de demain
Ne jamais avoir existé, ne pas avoir été compromis par la vie, par les autres, par soi. Il me faudra du temps pour oublier cette fâcheuse et tortueuse affaire, l’existence humaine.
Qu’aurai-je vu ? Qu’aurai-je rencontré Pas même Dieu me serai croisé à peine trop pressé pour me reconnaître.
Toujours comme une marée ce flot de sentiments brisés sur l’écueil Toujours cette réalité sans harmonie ni délicatesse cette chute sans ailes dans un escalier sans marches ce fond sans fin
Je crois que j’en sortirai meurtri, marqué par l’éternité.
Si ce n’est déjà fait, je vais mourir. Comme les vôtres, tous mes gestes sont menacés.
Qu’attends-je de moi sous ces arbres sans arbres, sur ces chemins usés ?
Commettrai-je l’indélicatesse de m’intéresser à moi, de faire cas de mes faits et gestes ?
Fugace existence, qui dérange nos plans et nous soumet sans nous convaincre.
Qu’il me soit donné jusqu’au bout d’être digne et indifférent à moi-même…